Abdullah Ibrahim

Le génial pianiste sud-africain Abdullah Ibrahim s’est éteint en Allemagne à l’âge de 91 ans, des suites d’une courte maladie. Connu pour la simplicité épurée de son jeu et ses lignes mélodiques nettes, il laisse derrière lui une œuvre immense et singulière, profondément marquée par l’exil et l’engagement politique. Contraint de fuir le régime de l’apartheid en 1962, l’année de l’arrestation de Nelson Mandela, l’artiste s’exile d’abord en Suisse où il est découvert par Duke Ellington (rien que ça)… une rencontre qui propulse sa carrière internationale, le menant à New York et sur les scènes du monde entier. Malgré la distance, Abdullah Ibrahim a conservé un lien indéfectible avec sa terre natale.

Converti à l’islam à la fin des années 1960, il compose en 1974 le célèbre morceau Mannenberg, devenu un hymne officieux de la lutte contre la ségrégation raciale. Tout au long des années 1970 et 1980, l’artiste refuse l’autocélébration et multiplie les collaborations prestigieuses (Don Cherry, Max Roach) en revisitant le jazz à travers ses racines culturelles. Après avoir joué lors de l’investiture historique de Nelson Mandela en 1994, il fonde une école de jazz en Afrique du Sud tout en poursuivant ses tournées mondiales.

C’était un personnage génial et très discret. Concentré, présent. Il était adepte des arts martiaux… et ça se ressentait dans sa posture et son jeu. Je n’oublierai jamais son excellentissime concert en solo à la Philharmonie de Paris, jouant très doucement du piano, seul sur scène, et sans amplification dans cette salle immense. La grâce incarnée. Je l’adore.